Modele de vertu en 3 lettres

1Si la vertu est un concept essentiel au travail et à la pensée de Montesquieu, le mot est néanmoins marqué par des polysémie et des équivocations. La vertu est d`abord définie en opposition aux forces contraires qu`elle combat. Dans les lettres persanes, il apparaît dans usbek contre la corruption de la Cour d`Ispahan et la flatterie: «je suis apparu à la Cour [...] J`ai osé être vertueux» («je parus à la Cour [...]. J`osai y être vertueux», LP, 8). L`attitude d`usbek semble être une application pratique de la éloge de la sincérité, une brève œuvre écrite dans les années précédant la publication du roman de Montesquieu (OC, t. VIII, p. 137-145). Pour dire la vérité, au risque de déplaire, même aux princes et aux courtisans, d`accepter d`entendre des vérités sur soi-même, telle semble être l`une des définitions de la vertu, qui prend son sens dans une critique d`une société de fausses apparences , où l`invérité, la flatterie et le dissimulation jouent un rôle majeur. La vertu s`oppose aux vices et aux valeurs dominantes de la Cour. Dans un document académique présenté en 1725, de la considération et de la personae, Montesquieu confronte des gloires et des prestiges apparentes avec une considération solidement établie sur la vertu, surtout si elle est conflée avec le patriotisme (ibid., p.

458). Le Rica des lettres persanes associe la vertu avec naturalité et modestie, puisqu`il oppose les ruses de vanité et d`arrogance (LP, 48 [50]). La parcelle de sérail, dans le roman, donne au mot une application très restrictive: elle est donc synonyme de chasteté féminine, de honte et de modestie, de qualités de Roxane évoquées par son mari (LP, 26 [28]), et sa perte ne concerne que les femmes. Le mot, dans ce sens restreint, est vicié par une équivocation, lourde de conséquences: elle désigne à la fois ce qui est librement préservé ou ce qui est observé par contrainte. Usbek lui-même souligne cela en écrivant à Zachi: «vous pouvez me dire que vous avez toujours été fidèle à moi. Mais pourriez-vous ne pas l`être? [...] Vous ne pouvez pas vous vanter d`une vertu qui n`est pas libre» («vous me direz peut-être que vous m`avez toujours été fidèle. Hein! pouviez-vous ne l`être pas? [...] Vous vous vantez d`une vertu qui n`est pas libre “, LP, 19 [20]). L`expirant et triomphant Roxane, dans la dernière lettre de la collection, niera le nom de la vertu à la fidélité qui lui a été imposée: «vous devez me remercier encore pour le sacrifice que je vous ai fait: [...] pour mon avoir profaner la vertu, en souffrant de ma soumission à vos fantaisies par ce nom» («tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t`ai fait: [...] de ce que j`ai profané la vertu, en souffrant qu`on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies “, LP, 150 [161]).

Si la vertu de la femme doit être libre pour exister, elle est aussi, pour ainsi dire, naturelle, et elle réapparaît, même parmi les femmes occidentales qu`usbek juge si durement: «ils portent tous dans leur cœur un certain caractère de vertu qui est gravé là, qui vient avec la naissance , et que l`éducation affaiblit, mais ne détruit pas» («elles présage toutes dans leur cœur un certain caractère de vertu qui y est gravé, que la naissance donne, et que l`éducation affaiblit, mais ne détruit pas», LP, 24 [26]). Montesquieu plaisante sur les asiatiques qui «considèrent la chasteté des femmes mais comme l`impossibilité d`échouer» («ne regardent la chasteté des femmes que comme l`impuissance de faillir», pensées, n ° 695). Mais il était d`établir un lien entre l`attention à la chasteté des femmes et la vertu républicaine (EL, VII, 9), comme il était de souligner que leur conduite plus libre est un signe de la corruption des mœurs qui a repris la monarchie Français (pensées, n ° 1272). 6Il postule ailleurs, en commençant par le traité des devoirs, en partie sous l`influence du stoïcisme, un lien indissoluble entre la justice et la vertu, entre la moralité et le souci du bien commun. L`amour du bien commun est donc, de ce point de vue, nécessairement moral.